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47, 21+

Je travaille dans une structure médico-sociale qui accueille des adultes handicapés mentaux. J’y reçois les familles des personnes accueillies, le plus régulièrement possible.

Lors du premier entretien, je reçois la famille au complet. Comme je ne les connais pas encore, je me renseigne un peu sur le parcours de cette personne qu’on accueille. Dans le dossier, on trouve différents renseignements, y compris, quand on la connaît, l’origine du retard mental qui justifie la présence de cette personne ici.

Des fois, c’est la trisomie. Bon.

Alors voilà : il y a quelques temps, je me suis aperçue d’un truc bizarre. Lorsque j’apprenais que la personne que j’allais rencontrer avec ses parents, et éventuellement ses frères et soeurs, était trisomique, je savais que j’allais avoir en face de moi une famille plutôt aisée, plutôt diplômée, plutôt intellectuelle.

Puis je me suis demandé comment je pouvais savoir ça. Et là, la réponse m’a un peu glacée : parce que les personnes qui choisissent de garder un enfant trisomique ne sont pas n’importe quelles personnes.

Évidemment, c’est ma petite expérience, c’est peut-être un hasard. Mais si ça se vérifie, je ne sais pas trop quoi faire de ça.

En transit

J’aime pas Bordeaux.

Rue de la Rousselle


Cette ville est magnifique. Vraiment. Dès le premier abord, elle en impose, avec ses façades sur la Garonne, qui sont majestueuses, somptueuses, sans aucune rupture. Puis on entre dans le coeur de la ville en empruntant une de ses portes, ou en passant par l’entrée des artistes, et on peut alors soit parcourir les axes grandioses et goûter la splendeur de la ville, soit se perdre dans un dédale de rues, qui renferment une atmosphère particulière, différente selon le quartier. C’est cette seconde option que je préfère.

Place de Bir Hakeim


Parfois, on ne sait plus qu’on est dans Bordeaux. On s’est tellement enfoncé dans les entrailles de la ville, dans des venelles que personne n’emprunte, qu’on se demande comment on va retrouver le chemin du retour.

Rue du Muguet


Et là, alors qu’on se croyait seul au monde, on débarque sur une place animée, avec des terrasses pleines, où la rumeur des conversations se mêle aux notes des musiciens roms.

C’est ça que j’adore à Bordeaux. Et pourtant, j’aime pas Bordeaux.

Pont Chaban-Delmas


Ou plutôt, Bordeaux ne m’aime pas. Elle ne veut pas m’accueillir. Elle ne veut pas que je me sente chez moi.

escalier.JPG


Quand je parcours ses rues, que je traverse ses places, elle me tente, mais jamais la promesse ne se concrétise. J’ai envie de vivre dans cette atmosphère, cette ambiance que je ressens. J’ai envie de participer à ces conversations en terrasse. Mais j’ai renoncé à croire que ce sera le cas un jour. Comme dans un jeu cruel, la ville me montre ce que je pourrais vivre en elle pour mieux me le refuser. Se refuser.

Piles du pont Chaban-Delmas


Je l’ai compris l’autre jour. J’arrivais de la rue Teulère, où j’avais goûté la quiétude du quartier, la paix qui s’en dégage ; j’ai débouché rue Saint-James et là, tout à coup, l’animation, les magasins, les gens en terrasse, joyeux. Ça sentait les promesses de printemps, les flâneries le nez au vent, quand on va retrouver ses amis pour boire un verre, et qu’on croise quelqu’un qu’on connaît avec qui on s’arrête cinq minutes pour discuter ; la vie de quartier, qu’on n’a même pas conscience de vivre quand on appartient à quelque part. Je me suis surprise à avoir hâte que le printemps s’installe vraiment, pour pouvoir enfin aller à des concerts en plein air, boire des bières au soleil, préparer des apéros ou simplement se balader en ayant une conversation intime avec quelqu’un.

En bas de la rue, place Fernand-Lafargue, j’ai traversé les éclats de voix, la fumée de clope, les amitiés qui se tissent autour d’un verre pris après une journée de travail, les rires, la musique.


Traversé.

Feu d'artifice pour l'inauguration du pont

Prendre le temps

J’entre dans l’eau par la petite échelle. Je me dépêche de m’immerger car je sais que si je traîne en mouillant un orteil après l’autre, ça sera d’autant plus difficile. L’eau est toujours aussi froide, je ne comprends pas pourquoi ; sur le panneau qui indique alternativement l’heure et la température du bassin, on lit « 31° », mais je suppose qu’ils parlent en Fahrenheit ou je sais pas quoi.

Les premières brasses. J’ai froid, et mes jambes sont raides. J’ai l’impression qu’elles bougent à peine. Ça m’étonne presque d’avancer. Entre chaque brasse, je sors la tête de l’eau et je prends une rapide respiration ; je vais trop vite, mais bientôt, à mesure que mon corps se réchauffe et que mes jambes se détendent, mes mouvements se font plus fluides, plus calmes, plus lents.

J’y vais tranquillement. J’enchaîne les longueurs sans m’arrêter, ou le moins possible. Parfois, il y a trop de monde dans la ligne, ce qui m’oblige à m’arrêter au bout pour attendre que ça se dégage avant de repartir. Je n’aime pas ça, mais il faut bien partager.

Je compte. Les brasses, les mètres, j’en suis au quart, j’en suis à la moitié — de mon objectif — je ne suis pas fatiguée, je pourrais peut-être viser plus — du coup je n’en suis plus qu’au tiers.

Au bout d’un moment j’arrive à penser à autre chose, jusqu’à ce que mon attention soit rappelée à ce que je fais par quelque crawleur qui me dépasse en me foutant des coups de pied. Les crawleurs sont à la piscine ce que les 44 sont à la route : des chauffards. Ils avancent sans se soucier de qui se trouve sur leur passage, et surtout ils ne s’arrêtent pas, jamais. Quitte à foncer dans le tas. Je déteste les crawleurs.

Mais aujourd’hui il n’y a personne. Je peux donc penser en toute tranquillité à ce qui m’arrive en ce moment. Je profite de ma solitude.

Ça semble dérisoire, mais quand on y pense, quand est-ce qu’on prend vraiment le temps de penser ? Ça paraît tellement facile, évident, à portée de main, de se poser cinq minutes pour réfléchir, qu’on ne le fait jamais. C’est comme le yoga : prendre ne serait-ce que dix minutes, calmer ses pensées, tout en étirant son dos, mais vraiment, et ses jambes et tout son corps, c’est pas bien compliqué. Mais, en-dehors de mon cours hebdomadaire, je ne le fais jamais.

Je veux dire, en ce moment, je travaille une journée par semaine. J’ai du temps. Beaucoup. Et pourtant, il me faut un horaire, un espace délimité, défini, un autre lieu que mon appartement, pour réussir à faire ces deux choses toutes simples : penser, et m’occuper de mon corps.

Jardin Public de Bordeaux, novembre 2012

Une image zen pour coller au propos.


★★★★★★★★★★★★★★★★★★★

Sinon, parmi les choses que je prends le temps de faire en ce moment, il y a la cuisine. Comme je ne voulais pas transformer ce blog en blog de cuisine, j’ai ouvert yet another Tumblr de bouffe, que voici. (À propos, on pourrait trouver une traduction de « food » qui ne soit pas « nourriture » — ça fait moche et bizarre — ni « bouffe » — ça fait grossier ?)

Smoothie à la mangue

Une image de smoothie à la mangue qui est tout simplement une ambroisie, pour coller au propos.

Des pages web abandonnées et de la pâte à tarte

On lit souvent l’expression « lien mort » sur Internet. Ça désigne un lien hypertexte (comme ça) mais qui ne mène plus nulle part (comme ça : jadis vous arriviez sur un super blog), la page correspondante ayant disparu. Mais on ne parle jamais de l’inverse, à savoir des pages qui existent mais vers lesquelles plus aucun lien ne pointe. Existent-elles donc vraiment ?

Hier, en cherchant à résoudre un problème de logiciel, je me suis retrouvée sur une page web qui n’avait pas été mise à jour depuis 2000. DEUX MILLE. Il y a, donc, treize ans. Cette page n’a pas été touchée depuis treize ans et elle existe encore. Le plus étonnant, je crois, c’est que j’aie pu tomber dessus : comment se fait-il que je me sois retrouvée, de lien en lien, à en suivre un qui mène vers cette page ? Je veux dire, en général, quand une page web n’est plus mise à jour, les liens qui y mènent tombent à leur tour dans l’oubli, puisque les pages sur lesquels ils se trouvent deviennent elles-mêmes obsolètes… Sans compter que pouvoir retrouver une page web qui a treize ans, ça signifie que le nom de domaine a été renouvelé, qu’aucun crash serveur ne l’a engloutie, etc. (Enfin, je n’y connais pas grand-chose dans ce domaine, donc si je dis des bêtises corrigez-moi ; mais quand même, c’est pas tous les jours que ça arrive, un truc pareil.)

(Ça donne le vertige, hein.)

Du coup, j’ai pensé à toutes ces pages qui existent, quelque part sur le réseau, et que personne n’a consultées depuis des années. C’est un peu comme autant de pièces oubliées dans une grande maison. J’aime bien les photos d’endroits abandonnés, et l’idée qu’un lieu puisse exister pendant des années, voire des siècles, sans que personne n’en connaisse l’existence, me fascine ; quand j’étais petite, étant un peu autiste, je liais des amitiés avec des objets, et je leur parlais même de loin, par télépathie, je m’imaginais que comme ça ils se sentaient moins seuls. (C’est surtout moi qui avais besoin de me sentir moins seule, à mon avis.) Bref, j’aime bien l’idée que les choses continuent à exister en l’absence de notre regard (c’est la fameuse histoire du bruit dans la forêt).

J‘ai toujours rêvé de visiter les catacombes de Paris, version clandestine. De même, je me demande s’il existe des gens qui s’amusent à chercher ces vieilles pages web, des sortes d’explorateurs de lieux abandonnés d’internet. Comment on fait ? On tape une URL au hasard ? On va jusqu’aux pages les plus reculées des résultats de Google ? On tape quoi, comme mot-clef ? S’il se forme une équipe quelque part, je veux bien en être. Pensez à moi si vous entendez parler de quelque chose.

★★★★★★★★★★


PASSONS À LA CUISINE :

Je poursuis mes investigations culinaires et il FALLAIT que je vous fasse part de ma découverte : une pâte à tarte hyper bonne. Je vous donne tout de suite la recette originale, elle est ici.

Moi j’ai un peu changé la recette de la pâte, et je trouve que ça vaut le coup que je partage parce qu’elle est vraiment excellente. La voici :

Pâte à tarte parfumée au sésame

  • 60g de farine blanche
  • 60g de farine de sarrasin
  • 60g de farine de châtaigne
  • 3CS d’huile neutre (j’ai utilisé de l’huile de tournesol)
  • 1CS d’huile de sésame grillé
  • Eau (la recette dit d’en mettre 4CS, mais j’ai dû en mettre beaucoup plus ; le tout est d’y aller progressivement pour ne pas se retrouver avec une pâte collante).

Pour le reste, suivre la recette que j’ai donnée en lien. Mais cette pâte est tellement bonne que je pense l’utiliser avec d’autres garnitures, et pourquoi pas même sucrées : elle a un petit goût sucré que je suppose dû à la farine de châtaigne, et avec le sésame… MIAM.

Allez, je vous laisse, je tente ce banana bread.

Compote crue pomme-mangues et fruits secs

Aujourd’hui, ou plutôt jeudi dernier, le printemps est revenu. Faites-moi confiance : je sens ces choses-là à des milles. D’ailleurs, je suis capable de décréter que l’automne arrive par une journée de canicule, parce que je l’ai senti. Et je ne suis jamais détrompée : l’automne, ou ici le printemps, finit TOUJOURS par arriver. Alors ?

C’est un truc dans l’air, une atmosphère, ou plutôt une promesse. Le soleil qui recommence à chauffer doucement, quelque chose de joyeux qui passe, des idées d’apéros en terrasse et de salades fraîches à l’ombre du parasol qui recommencent à faire irruption dans votre esprit, alors que vous aviez oublié jusqu’à la saveur des tomates. Et aussi, l’envie de jardiner. Si je me mets à avoir envie de faire des semis, d’aller sur la terrasse pour couper les branches mortes et ranger l’appentis, c’est que le printemps arrive. Et c’est ce qui est arrivé jeudi dernier, et à nouveau aujourd’hui. Faites-moi confiance.

En même temps que le printemps arrivait, je quittais à regret un travail où j’étais bien. C’est comme ça, j’ai déjà eu de la chance de trouver ce remplacement. Il m’a fait beaucoup avancer. Mais maintenant, je me retrouve dans une situation que je connais bien pour l’avoir déjà longuement vécue : le presque-pas-de-travail, avec juste une journée par semaine.

Et comme j’ai récemment changé ma façon de m’alimenter, d’abord pour maigrir et ensuite parce que je me suis aperçue que ça me faisait aller mieux, je découvre en ce moment un nouveau monde jusqu’ici inexploré par moi : celui de la bouffe vegan.

(Vegan = végétalien. Enfin pas tout à fait, mais j’utilise ce mot comme raccourci. Ça veut dire qu’on ne mange ni produits animaux — viande, poisson — ni sous-produits animaux — lait, œufs…)

Je n’ai pas spécialement l’intention de devenir végétalienne, mais comme je mange moins de viande, plus de légumes et plus de fruits, et que j’ai envie de découvrir de nouvelles saveurs, ce genre d’approche me convient bien : pour ne pas utiliser de produits animaux, les végétaliens utilisent des aliments dont je n’avais jamais entendu parler jusqu’ici, et dont certains sont vraiment attirants. Il y a aussi pas mal de graines et de fruits secs dans cette cuisine, et ce n’est pas quelque chose que j’ai vraiment l’habitude d’utiliser. Donc en ce moment, je passe ma vie sur des blogs de cuisine vegan pour essayer de trouver des recettes, et j’en essaie quelques-unes.

Donc, résumons : le printemps arrive/je mange autrement/je suis au chômage donc je cherche des recettes et je cuisine. Reliez tout ça et BAM : recette.

Je l’ai testée ce midi, et c’est HYPER BON. Elle vient du blog Absofruitly ! et elle est simplissime. J’ai un poil changé les ingrédients pour faire avec ce que j’avais, mais en même temps c’est un peu le principe de ce genre de recette.

Bon, vous me direz, une recette de compote ça a des chances d’être vegan. Mais en même temps, je sais pas vous, mais moi j’aurais jamais eu l’idée de faire ça. Donc le sites vegan, c’est bien aussi pour avoir des idées.

Compote crue pomme-mangue et fruits secs

Compote crue pomme-mangue et fruits secs

Dessert pour une personne (vous pouvez évidemment la manger au petit-déjeuner, mais dans ce cas je vous conseille de doubler la dose de fruits)

Mixer une demi-mangue, une pomme coupée en morceaux, un petit morceau de gingembre et de la vanille (sous la forme que vous voulez).

Verser dans un bol et poser dessus : deux figues sèches coupées en quarts, une poignée d’amandes effilées que vous aurez grillées au four, quelques mulberries (mûres blanches séchées qu’on trouve en magasin bio).

C’est tout.

(À partir de là, vous faites ce que vous voulez : remplacer un fruit par un autre, mettre des amandes entières — passez-les au four quand même, c’est mille fois meilleur — ou des noix — idem —, remplacer les mulberries par des canneberges ou rien du tout… Mais surtout, n’oubliez pas le gingembre et la vanille !)

Si vous êtes sages, demain, je posterai ma recette de tarte vegan au potimarron (recette qui n’est pas de moi, mais j’ai un peu adapté la composition de la pâte et c’est une RÉVÉLATION).

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