J’ai débarqué lundi dans un service de psychiatrie. Dans ce genre d’endroit, il n’est pas toujours facile de savoir qui est patient et qui est soignant, ces derniers ne portant pas toujours de blouse. Bon, évidemment, parfois c’est évident ; la jeune femme qui se baladait en chemise de nuit dans le couloir, le cheveu ébouriffé et l’oeil hagard, je ne me suis pas demandé longtemps si c’était la chef de service. Mais parfois c’est plus difficile ; ainsi cet homme entre deux âges, lunettes posées sur le bout de son nez, qui marche avec l’air de savoir où il va. Il a un regard ouvert et vif, et le voyant s’asseoir devant le magnétoscope pour le programmer, à l’aise, je statue sur son sort : infirmier.
Quelques secondes après, il m’aborde, et, pointant son stylo sur moi en souriant, il me dit : « Vous, vous êtes stagiaire psychologue !
— Oui…
Il me tend la main :
— Bonjour, je suis Thierry, je suis clown. »

J’ai des progrès à faire.